Cent jours ne suffisent pas pour transformer le football malien. Mais cent jours peuvent suffire pour donner une direction.
La nouvelle Fédération malienne de football a pris les commandes d’un football qui sortait d’une période de grande incertitude, avec une gouvernance fragilisée et surtout une absence de vision suffisamment claire pour préparer l’avenir.
Après 100 jours, il serait prématuré de parler de grandes réalisations sportives. Mais les premiers signaux montrent une volonté de remettre de l’ordre, de renforcer la gouvernance et surtout de construire un projet sur le long terme.
Et ce projet doit désormais avoir une échéance : 2032.
Si la candidature des États de l’AES pour organiser la CAN 2032 aboutit, le Mali doit être capable d’aborder cette compétition avec une équipe construite pour jouer le titre à domicile.
Mais une équipe capable de gagner une CAN en 2032 ne se construit pas en 2031.
Elle commence à se construire maintenant.
Une succession d’échéances qui doit servir de feuille de route
Le calendrier qui attend le football malien offre justement une occasion exceptionnelle de construire progressivement cette équipe.
Les prochaines années seront rythmées par plusieurs rendez-vous majeurs :
| Année | Échéance | Enjeu pour le Mali |
|---|---|---|
| 2027 | CAN | Confirmer la nouvelle dynamique des Aigles |
| 2027 | CAN U23 | Construire la génération appelée à rejoindre les A |
| 2028 | CAN | Franchir un nouveau cap continental |
| 2028 | Jeux Olympiques | Faire émerger la génération U23 |
| 2029 | Ligue des Nations | Maintenir la compétitivité et tester la profondeur du groupe |
| 2030 | Coupe du Monde | Atteindre un nouveau niveau de performance |
| 2032 | CAN | Jouer le titre à domicile |
Ces compétitions ne doivent pas être considérées séparément.
Elles doivent constituer un seul projet sportif.
Les U23 de 2027 et 2028 doivent progressivement alimenter les Aigles.
Les joueurs qui émergeront lors des Jeux Olympiques de 2028 doivent pouvoir devenir des cadres de la sélection A pour la Coupe du monde 2030 et la CAN 2032.
La génération qui sera compétitive en 2027 doit donc être pensée comme le début du groupe qui devra atteindre sa maturité en 2032.
Les Aigles A et les U23 au cœur du projet
Deux équipes doivent particulièrement retenir l’attention de la Fédération : les Aigles A et les U23.
Les A doivent évidemment rester la vitrine du football malien et obtenir des résultats dès les prochaines compétitions.
Mais les U23 auront un rôle tout aussi stratégique.
C’est cette sélection qui doit permettre de préparer le renouvellement des Aigles, d’intégrer progressivement les jeunes talents et de mieux exploiter les joueurs binationaux.
Il faut donc éviter de considérer les U23 comme une équipe secondaire.
Les U23 sont le réservoir immédiat des Aigles de demain.
La Fédération doit construire une véritable passerelle entre les deux sélections, avec une philosophie de jeu commune, un suivi des joueurs et une communication permanente entre les différents staffs.
Une nouvelle direction pour les Aigles
Dans ce contexte, le choix d’un entraîneur jeune, dont la philosophie semble davantage correspondre aux qualités des joueurs maliens, constitue un signal intéressant.
Le Mali a besoin de stabilité pour permettre à un projet sportif d’arriver à maturité.
La confirmation de Samba Sow comme manager général, et la relation de travail déjà établie avec le sélectionneur, vont également dans le bon sens.
Les deux hommes ont déjà commencé à travailler sur la préparation des prochains rassemblements.
Cette organisation doit maintenant permettre de sortir d’une logique où chaque compétition est traitée comme un nouveau départ.
Le Mali doit construire une équipe, pas simplement préparer des matchs.
2032 doit guider les décisions d’aujourd’hui
La candidature à la CAN 2032 donne une dimension supplémentaire à ce projet.
Organiser une CAN est une opportunité exceptionnelle pour un pays.
Mais pour le Mali, l’ambition ne devrait pas être uniquement d’accueillir la compétition.
Nous devons vouloir la gagner.
Cela impose de prendre dès aujourd’hui des décisions qui auront un impact dans six ans.
Quel entraîneur ?
Quelle identité de jeu ?
Quels joueurs ?
Comment intégrer les binationaux ?
Comment développer nos U23 ?
Comment suivre les talents de la diaspora ?
Comment améliorer la préparation physique et médicale ?
Toutes ces questions doivent être pensées avec 2032 en ligne de mire.
Le scouting doit devenir une priorité
Le Mali possède un immense réservoir de talents, au pays mais également dans la diaspora.
La Fédération doit donc mettre en place une cellule de scouting de haut niveau, capable d’identifier, suivre et accompagner les joueurs maliens et binationaux dès les catégories de jeunes.
Nous ne devons plus découvrir un joueur lorsqu’il devient professionnel.
Nous devons le connaître avant.
Cette structure devra travailler avec les clubs, les académies, les agents et les réseaux de la diaspora.
Elle sera particulièrement importante pour les générations U17, U20 et U23 qui doivent alimenter progressivement les Aigles.
La Direction technique nationale doit donner la cohérence
Autre chantier majeur : la Direction technique nationale.
Le choix du prochain DTN sera déterminant.
Il faudra une personne capable de construire une véritable politique sportive nationale et d’assurer la cohérence entre les différentes sélections.
La DTN devra notamment travailler sur les méthodes de formation, les entraîneurs, la détection et la progression des joueurs.
L’objectif doit être simple : faire en sorte que toutes les équipes nationales avancent dans la même direction.
Les moyens commencent également à évoluer
La volonté de renforcer les ressources financières du football malien constitue un autre signal positif.
Les nouveaux partenariats avec Orange, PMU-Mali et un acteur du secteur minier montrent que la Fédération cherche à diversifier ses ressources.
Le projet de construction d’un nouveau siège participe également à la volonté de professionnaliser l’institution.
Le partenariat avec Watib Sport s’inscrit dans cette nouvelle dynamique, même si sa capacité à répondre aux besoins importants de l’ensemble des sélections devra être confirmée dans la durée.
Mais le véritable enjeu sera d’utiliser ces nouveaux moyens pour financer le projet sportif.
Car une grande équipe ne se construit pas uniquement avec de bons joueurs.
Elle se construit avec de bonnes infrastructures, de bons entraîneurs, une bonne organisation et un suivi permanent.
Une Fédération qui commence à communiquer autrement
L’un des changements les plus visibles de ces 100 premiers jours reste la communication.
Le lancement du site internet, les communications régulières et la publication d’un rapport mensuel sur les activités de la Fédération montrent une volonté de davantage rendre compte de son action.
Cela peut sembler secondaire.
Cela ne l’est pas.
La confiance se construit aussi par la transparence.
Les supporters, les clubs, les joueurs et les partenaires doivent pouvoir comprendre ce que fait la Fédération et où elle veut aller.
Les 100 jours ne sont pas le bilan, mais le début du projet
Il serait injuste d’attendre de cette nouvelle Fédération qu’elle ait transformé le football malien en seulement 100 jours.
Le chantier est beaucoup trop important.
Mais ces premiers mois permettent déjà de voir apparaître une direction.
Une gouvernance qui veut davantage communiquer.
Une nouvelle organisation autour des Aigles.
Un manager général confirmé.
De nouveaux partenaires.
Un projet de siège.
Une réflexion sur la Direction technique.
La volonté de mieux structurer le football.
Et surtout, une perspective sportive qui peut désormais être beaucoup plus ambitieuse.
Le vrai défi : construire une génération pour 2032
Les prochaines échéances vont être déterminantes.
CAN 2027.
CAN U23 2027.
CAN 2028.
Jeux Olympiques 2028.
Ligue des Nations 2029.
Coupe du Monde 2030.
CAN 2032.
Ce ne sont pas sept compétitions différentes.
C’est un seul parcours.
Le Mali doit utiliser chacune de ces échéances pour faire progresser son équipe, intégrer ses jeunes, tester ses joueurs et renforcer progressivement son groupe.
Les U23 de 2027 doivent préparer les Aigles de 2028.
Les Jeux Olympiques de 2028 doivent contribuer à révéler les cadres de demain.
La Coupe du Monde 2030 doit permettre au Mali de franchir un nouveau palier.
Et en 2032, si nous obtenons l’organisation de la CAN, cette génération devra être arrivée à maturité.
L’objectif doit être clair : avoir une équipe capable de gagner la CAN à domicile.
C’est ambitieux.
Mais le football malien a besoin d’ambition.
Nous avons le talent.
Nous avons une nouvelle génération.
Nous avons une diaspora immense.
Nous avons des infrastructures qui continuent de se développer.
Il faut maintenant construire l’organisation et la stabilité nécessaires pour transformer tout cela en résultats.
Ces 100 premiers jours ne sont peut-être que le début. Mais si la Fédération parvient à maintenir cette direction pendant les six prochaines années, ils pourraient devenir les premiers jours d’un nouveau cycle pour le football malien.
Leave a Reply