FEMAFOOT : après les réformes structurelles, le Mali attend son architecte sportif

La Fédération malienne de football a pris des décisions importantes pour remettre de l’ordre dans son fonctionnement. Mais si les progrès autour des Aigles A sont encourageants, les difficultés des autres sélections soulignent un chantier majeur : construire une politique sportive cohérente, des jeunes aux seniors, chez les hommes comme chez les femmes.

Des progrès réels autour des Aigles A

Il faut reconnaître au Comité exécutif de la FEMAFOOT le mérite d’avoir engagé des réformes administratives et structurelles importantes. Gouvernance, organisation, ressources humaines, communication et partenariats : plusieurs chantiers ont été ouverts pour donner à la Fédération un fonctionnement plus professionnel.

Sur le plan sportif, les résultats et l’organisation autour de la sélection A constituent aujourd’hui le principal motif de satisfaction.

Les six points obtenus lors des qualifications et le bon match nul face au Maroc témoignent d’une équipe capable de rivaliser avec des adversaires de premier plan. Au-delà des résultats, l’environnement de travail des Aigles a également évolué. Un encadrement d’environ 24 personnes accompagne désormais la sélection, avec une amélioration notable de la communication et des équipements mis à la disposition du groupe.

Ces avancées sont importantes. Elles montrent ce que peut produire une meilleure organisation autour d’une équipe nationale.

Mais une fédération ne peut pas être jugée uniquement à travers sa sélection A. Le bilan sportif global reste préoccupant dès lors que l’on observe les résultats, la préparation et le fonctionnement des autres catégories.

Les autres sélections en difficulté

Le constat est particulièrement inquiétant chez les Aigles Dames. Le niveau de jeu affiché, l’instabilité autour du staff et le manque de préparation donnent le sentiment d’une sélection qui ne bénéficie pas encore d’une organisation suffisamment structurée. Le football féminin ne peut progresser sans continuité technique, sans plan de travail clair et sans moyens adaptés à ses ambitions.

Chez les U17, la situation est tout aussi préoccupante. Longtemps considérée comme l’un des fleurons du football malien, cette catégorie enchaîne les contre-performances. Après une CAN décevante, conclue par une élimination en quarts de finale, l’élimination au tournoi UFOA prive également le Mali d’une qualification pour la prochaine CAN U17.

Ces résultats interrogent sur la capacité du pays à renouveler son vivier, à préparer ses jeunes talents et à maintenir les standards qui ont longtemps fait sa réputation.

La préparation des U23 soulève, elle aussi, des questions. Avec un seul match disputé au Maroc dans des conditions qui semblent avoir manqué de préparation et de suivi, cette sélection n’a pas bénéficié d’un cadre à la hauteur des enjeux. Or, les U23 représentent un maillon essentiel entre les sélections de jeunes et les Aigles A. Négliger cette transition, c’est risquer de compromettre le renouvellement de l’équipe première.

Le problème dépasse donc les résultats d’un match ou d’une compétition. Il concerne la cohérence de l’ensemble du dispositif sportif.

Le problème est-il celui des hommes ou de l’organisation ?

Les responsabilités des différents acteurs doivent naturellement être examinées. Les responsables chargés des départements sportifs doivent pouvoir impulser une dynamique, fixer des objectifs et rendre compte des résultats.

Mais au-delà des personnes, une question fondamentale se pose : la FEMAFOOT dispose-t-elle aujourd’hui d’une véritable direction technique capable de définir et de mettre en œuvre une politique sportive nationale ?

Les anciens internationaux apportent leur connaissance du haut niveau et leur expérience du football. Cette contribution est précieuse, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à bâtir une organisation technique performante. Diriger un département sportif, structurer la formation, harmoniser les méthodes de travail et développer des filières de talents exigent également une expérience spécifique, une vision à long terme et une capacité à conduire le changement.

Le Mali ne peut donc pas se contenter de répartir des responsabilités. Il doit s’assurer que les personnes placées aux postes stratégiques disposent des compétences, des outils et de l’autorité nécessaires pour transformer le fonctionnement sportif de la Fédération.

La priorité : recruter un véritable Directeur technique national

Le prochain grand chantier du Comité exécutif devrait être le recrutement d’un Directeur technique national (DTN) doté d’une expérience avérée dans la conception et la mise en œuvre d’une politique sportive.

Le profil recherché doit aller au-delà de la réputation ou du passé de joueur. Il faut un architecte capable de comprendre les réalités du football malien, de structurer les filières de formation et de créer des méthodes communes à l’échelle nationale.

Ses missions devraient notamment porter sur :

  • La détection des talents : mettre en place des critères et des processus communs pour identifier les meilleurs profils dans toutes les régions du Mali.
  • La formation : accompagner les académies et les clubs dans le développement des jeunes, avec des principes de jeu et des méthodes de formation cohérents.
  • Les sélections nationales : assurer une continuité technique entre les U15, U17, U20, U23 et les A, tout en donnant aux sélections féminines une place réelle dans cette stratégie.
  • Le suivi des joueurs : créer des outils permettant d’observer la progression des talents et d’anticiper leur passage d’une catégorie à l’autre.
  • La diaspora : structurer un réseau de détection en Europe et dans les autres régions où évoluent des joueurs et joueuses d’origine malienne.
  • L’accompagnement des clubs et académies : diffuser des méthodes de travail, partager des outils et soutenir les structures qui participent à la formation des futurs internationaux.

Le DTN devra également être capable de fixer des objectifs mesurables, d’évaluer les résultats et d’ajuster la stratégie en fonction des progrès réalisés.

L’académie JMG, un atout à mieux exploiter

Le Mali possède un avantage important : l’existence d’un vivier de talents formés notamment par l’académie JMG, dont plusieurs joueurs ont contribué à façonner une identité de jeu reconnaissable au sein des sélections nationales.

Cette expérience mérite d’être mieux exploitée. Une collaboration renforcée avec JMG pourrait permettre de partager les méthodes de détection, d’échanger sur les contenus de formation et de diffuser certaines bonnes pratiques auprès des académies et des clubs maliens.

Il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique à toutes les structures, mais de construire un socle commun qui respecte les réalités locales tout en améliorant la qualité de la formation.

Le futur DTN devra être capable de mobiliser cette expertise, mais aussi de travailler avec l’ensemble des acteurs du football malien afin que la détection et le développement des talents ne reposent pas uniquement sur quelques structures privilégiées.

Détecter partout, former mieux, suivre les talents

Le Mali ne manque ni de passion ni de potentiel. Le pays dispose d’un vivier important de joueurs et de joueuses, au niveau local comme dans la diaspora. L’enjeu est de mieux identifier ces talents, de les accompagner et de leur offrir un parcours cohérent jusqu’au plus haut niveau.

Cela suppose de développer des cellules de détection dans les différentes régions du pays, mais aussi des relais dans la diaspora. Ces structures devraient fonctionner selon des critères partagés, avec un suivi régulier et une communication permanente avec la direction technique nationale.

Une telle organisation permettrait de limiter les détections ponctuelles, d’éviter que certains talents passent sous les radars et de mieux préparer le renouvellement des sélections.

L’objectif doit être clair : construire un système qui produit durablement des joueurs et des joueuses de haut niveau, plutôt que de dépendre uniquement de générations exceptionnelles ou du travail de quelques académies.

Le prochain défi : faire du Mali une nation compétitive dans toutes les catégories

Les réformes administratives et structurelles sont nécessaires. Elles créent le cadre dont une fédération a besoin pour fonctionner efficacement. Mais elles ne produisent pas automatiquement des résultats sportifs.

Après avoir amélioré l’environnement de travail des Aigles A, la FEMAFOOT doit désormais s’attaquer au cœur du projet sportif : la formation, la détection, la préparation des sélections et la continuité entre les catégories.

Le Sénégal et le Maroc montrent l’importance d’une organisation qui ne se limite pas à l’équipe première, mais qui s’appuie sur un travail de fond et des structures capables d’alimenter durablement les sélections.

Le Mali possède lui aussi les ressources humaines et le potentiel nécessaires pour viser cette ambition. Encore faut-il mettre en place les méthodes et l’organisation qui permettront de les exploiter pleinement.

Le chantier est immense, mais la prochaine priorité est identifiable : trouver l’architecte sportif capable de donner une direction, une méthode et une cohérence à l’ensemble du football malien.

La FEMAFOOT a commencé à structurer la maison. Il lui reste maintenant à construire le projet sportif qui doit la faire avancer.

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