Football malien : le naufrage des jeunes révèle le véritable problème de la FEMAFOOT

Les éliminations des U17 et des U20 ne sont pas seulement des échecs sportifs. Elles mettent en lumière un problème plus profond : le Mali n’a jamais véritablement donné à sa Direction technique nationale le rôle qu’elle devrait jouer. Derrière une fédération qui se restructure sur le plan administratif, le football reste privé d’un véritable bras opérationnel capable de transformer une vision en actions. Il est temps de revoir le modèle.

Des échecs qui ne doivent plus être traités comme des accidents

Deux défaites en deux matchs. Après avoir perdu 1-0 contre la Guinée, les U20 maliens se sont inclinés sur le même score face à la Gambie, quittant ainsi la compétition dès le premier tour. Malgré huit mois de préparation, les limites techniques et tactiques de l’équipe étaient évidentes.

Cette élimination fait suite à celle des U17 au premier tour du tournoi UFOA-A au Sénégal. À ces contre-performances s’ajoutent les difficultés du football féminin et les résultats décevants enregistrés dans plusieurs catégories.

Il serait facile de réclamer le départ des sélectionneurs et de considérer que le problème est réglé. Mais cette succession d’échecs pose une question beaucoup plus importante : comment expliquer que plusieurs sélections rencontrent simultanément des difficultés, malgré le potentiel dont dispose le Mali ?

Lorsqu’un problème touche plusieurs catégories, il faut regarder au-delà des équipes et de leurs entraîneurs. Il faut examiner l’organisation qui les prépare, les méthodes qui leur sont proposées, le suivi des joueurs et la structure chargée de coordonner l’ensemble.

Les résultats sont le symptôme. Le mal est peut-être dans l’organisation même du football malien.

La DTN au Mali : une fonction qui n’a jamais vraiment trouvé sa place

Le Mali parle de Direction technique nationale, mais a-t-il réellement compris le rôle qu’elle doit jouer dans le développement du football ?

Dans les faits, la DTN donne trop souvent l’impression d’être un service fantôme : une fonction dont l’existence institutionnelle ne se traduit pas suffisamment par une autorité technique clairement identifiée, une organisation structurée et une capacité visible à piloter le développement du football national.

Une véritable DTN ne doit pas se limiter à conseiller les dirigeants, à participer ponctuellement à la préparation des sélections ou à intervenir lorsque les résultats deviennent mauvais. Elle doit être le centre de conception, de coordination et de mise en œuvre de la politique sportive nationale.

C’est elle qui doit définir les principes de formation, structurer la détection des talents, assurer la cohérence entre les sélections de jeunes et les A, accompagner les entraîneurs, développer le football féminin et organiser la formation des techniciens.

Elle doit également disposer de cadres spécialisés, de méthodes de travail, d’objectifs mesurables et d’une autorité suffisante pour faire appliquer les orientations techniques.

Autrement dit, la DTN doit être une structure vivante, avec des responsabilités et des résultats attendus. Elle doit être capable d’agir au quotidien, et pas seulement d’exister dans l’organigramme de la Fédération.

Le problème du Mali n’est donc pas simplement de trouver un bon Directeur technique national. Il est de donner à cette fonction son véritable rôle, ses moyens et sa place dans l’organisation du football.

Le Comité exécutif est devenu le centre opérationnel du football

C’est ici que se trouve l’un des problèmes fondamentaux de notre modèle fédéral.

Au Mali, on met en place un Comité exécutif, puis on finit par lui confier des responsabilités qui relèvent de la gestion opérationnelle du football. Les dirigeants sont amenés à intervenir dans des domaines qui devraient être pilotés par une structure technique professionnelle, composée de spécialistes.

Or, le rôle d’un Comité exécutif est d’abord celui de la gouvernance. Il doit définir la vision, fixer les grandes orientations, valider les priorités, mobiliser les ressources et contrôler les résultats. Il ne devrait pas se substituer aux experts chargés de mettre en œuvre la politique sportive.

Cette confusion des rôles peut produire plusieurs effets négatifs : des responsabilités mal définies, des décisions techniques dispersées, une dépendance excessive aux personnes et une difficulté à assurer la continuité des projets.

Elle pose aussi une question de compétences. Lorsqu’on confie des missions techniques à des responsables dont ce n’est pas la fonction, on risque de privilégier la répartition des responsabilités institutionnelles au détriment de l’expertise nécessaire à leur exécution.

Il ne s’agit pas de remettre en cause l’engagement des membres du Comité exécutif. Il s’agit de reconnaître qu’une fédération moderne ne peut pas reposer sur des dirigeants qui doivent à la fois gouverner l’institution, gérer les opérations et piloter les détails de la politique sportive.

Le Comité exécutif doit diriger la Fédération. Il ne doit pas devenir, à lui seul, la direction opérationnelle de tout le football malien.

Créer une véritable branche opérationnelle du football

La solution consiste à mettre en place une branche opérationnelle clairement identifiée, chargée de traduire la vision du président et les orientations du Comité exécutif en actions concrètes.

Cette structure serait pilotée techniquement par une DTN forte, dotée de cadres compétents dans les principaux domaines du développement du football.

Son rôle serait de transformer les ambitions de la Fédération en programmes de travail, avec des responsables désignés, des budgets, des échéances et des indicateurs de performance.

La répartition des responsabilités doit être simple :

  • Le président et le Comité exécutif définissent la vision, fixent les ambitions, valident les grandes orientations et veillent à la bonne gouvernance.
  • La DTN conçoit et coordonne la politique sportive, définit les méthodes, organise les filières de formation et assure la cohérence technique entre les catégories.
  • Les responsables opérationnels exécutent les programmes, chacun dans son domaine de compétence, avec des objectifs précis et une obligation de rendre compte.
  • Le Comité exécutif évalue les résultats et prend les décisions stratégiques nécessaires lorsque les objectifs ne sont pas atteints.

Cette organisation permettrait au président de disposer d’un véritable instrument d’exécution pour concrétiser sa vision. Elle permettrait également aux dirigeants de se concentrer sur leur mission première, tout en donnant aux spécialistes la responsabilité de leur domaine.

La DTN ne serait plus un service périphérique ou consultatif. Elle deviendrait le moteur technique du football malien, avec une mission claire et une responsabilité directe dans la réalisation du projet sportif.

Une équipe d’experts, pas une simple nomination

Pour que cette réforme fonctionne, le recrutement d’un DTN ne doit pas être une décision symbolique. Le profil recherché doit posséder une expérience concrète dans la structuration d’un système de formation et la conduite d’une politique sportive.

Autour de lui, la FEMAFOOT devrait organiser une équipe de cadres spécialisés dans les domaines suivants :

  • Formation des jeunes : définir des méthodes communes et accompagner les clubs et les académies.
  • Détection et scouting : identifier les talents dans toutes les régions du Mali et dans la diaspora.
  • Sélections nationales : assurer une continuité entre les U17, les U20, les U23 et les A.
  • Football féminin : structurer les filières de formation, améliorer la préparation et renforcer la stabilité des staffs.
  • Formation des entraîneurs : élever le niveau des techniciens et diffuser les méthodes adaptées au football moderne.
  • Performance : renforcer la préparation physique, l’analyse tactique, le suivi médical et les outils d’évaluation.

Chaque responsable doit avoir un périmètre clairement défini et être évalué sur des résultats concrets. Il ne suffit pas de nommer des personnes : il faut leur donner des missions, des moyens et un cadre de responsabilité.

Le futur DTN devra également connaître les réalités du football malien et pouvoir s’appuyer sur une expertise externe lorsque cela est nécessaire. Des partenariats avec des fédérations comme celles d’Espagne ou d’Allemagne pourraient contribuer à former nos cadres, améliorer nos méthodes et construire une organisation adaptée à notre contexte.

Le football malien ne manque pas de talents, mais de continuité

Entre 2015 et 2019, le Mali s’était imposé comme une référence du football africain chez les jeunes. Depuis, les résultats sont devenus moins réguliers, mais le potentiel humain demeure.

Le problème est de transformer ce potentiel en une filière de développement cohérente.

Cela suppose de mieux suivre les joueurs, de coordonner le travail des académies et des sélections, de créer des mécanismes de détection dans toutes les régions et de mieux intégrer les talents de la diaspora.

La préparation des équipes doit également s’inscrire dans une logique de continuité. Huit mois de préparation ne garantissent rien si les objectifs sont mal définis, si les méthodes sont insuffisantes ou si le travail n’est pas régulièrement évalué.

Une DTN structurée doit pouvoir identifier ces faiblesses en amont, accompagner les staffs et corriger les problèmes avant qu’ils ne se traduisent par des éliminations.

C’est précisément la valeur d’une organisation opérationnelle : elle ne se contente pas de constater les échecs. Elle travaille quotidiennement pour réduire les risques qui les provoquent.

Changer les entraîneurs ne changera pas le système

Après chaque élimination, les sélectionneurs deviennent les premières cibles. Leurs choix et leurs résultats doivent naturellement être examinés. Mais si le système reste inchangé, le risque est de reproduire les mêmes erreurs avec de nouveaux visages.

Une fédération ne peut pas construire une politique sportive durable en se limitant à nommer et à remplacer des entraîneurs. Elle doit être capable de définir les profils recherchés, de fixer des objectifs, d’accompagner le travail technique et d’évaluer les résultats selon des critères précis.

Sans cette structure, les sélectionneurs risquent de travailler sans vision commune, les catégories de jeunes de rester isolées les unes des autres et les compétences de se perdre au fil des changements de staff.

Le véritable changement doit donc porter sur l’organisation qui encadre les entraîneurs, et pas uniquement sur les entraîneurs eux-mêmes.

La FEMAFOOT doit agir avant la fin de l’année

Les derniers résultats doivent servir d’électrochoc. La Fédération a engagé un chantier de restructuration administrative ; elle doit maintenant s’attaquer à la structuration opérationnelle du football.

Avant la fin de l’année, il serait souhaitable de clarifier les responsabilités entre le Comité exécutif et la DTN, de définir le modèle de fonctionnement de cette branche opérationnelle, de recruter un DTN expérimenté et de préparer une feuille de route pour les prochaines échéances.

Cette feuille de route devra préciser les objectifs de chaque catégorie, les moyens nécessaires, les méthodes de préparation et les mécanismes de suivi. Elle devra aussi fixer des priorités réalistes pour la formation, le football féminin et la détection des talents.

Le but n’est pas de promettre des titres immédiats. Il est de mettre en place une organisation capable de progresser, d’apprendre de ses erreurs et de produire des résultats durables.

Le véritable chantier est organisationnel

Le naufrage des jeunes ne doit pas conduire à une nouvelle série de changements ponctuels. Il doit pousser la FEMAFOOT à poser une question fondamentale : voulons-nous continuer à gérer le football à travers les responsabilités du Comité exécutif, ou voulons-nous construire une véritable organisation professionnelle capable de le développer ?

Le Mali a besoin d’une DTN qui ne soit plus un service fantôme, mais une direction technique forte, entourée de spécialistes et responsable de l’exécution de la politique sportive.

Le Comité exécutif doit conserver son rôle stratégique, fixer les ambitions et contrôler les résultats. La branche opérationnelle doit, elle, disposer des compétences et de l’autorité nécessaires pour transformer ces ambitions en actions concrètes.

Le problème du football malien n’est pas seulement un problème de sélectionneurs ou de joueurs. C’est aussi un problème de modèle : nous avons trop souvent confondu gouvernance et gestion opérationnelle, sans donner à la Direction technique nationale la place qu’elle devrait occuper.

Les éliminations des U17 et des U20 rendent cette faiblesse visible. Elles doivent maintenant provoquer une réforme profonde.

La FEMAFOOT a commencé à structurer son administration. Il est temps qu’elle structure aussi son football, en donnant à la DTN les moyens de devenir le véritable architecte du projet sportif malien.

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