U17 : l’élimination du Mali doit provoquer une remise en question profonde

Le Mali ne verra pas la suite du tournoi UFOA-A U17. Après un match nul contre le Liberia et une défaite face à la Guinée, les jeunes Aigles quittent la compétition dès la phase de groupes. Une élimination qui, au regard du contenu proposé, apparaît finalement logique.

Le Mali aura été l’équipe la moins convaincante de son groupe. Peu de maîtrise, peu d’idées et surtout une difficulté inquiétante à imposer son jeu. Au-delà des résultats, c’est la manière qui interpelle.

Cette sortie prématurée doit surtout être considérée comme un signal d’alarme pour le football de jeunes malien.

Un résultat qui confirme une tendance

Cette élimination ne peut pas être analysée comme un simple accident de parcours. Elle vient confirmer les difficultés déjà observées lors du précédent tournoi UFOA-A.

L’année dernière, le Mali avait éliminé la Guinée dans des circonstances très controversées, avec un arbitrage largement favorable aux Aiglonnets. Sans cette décision arbitrale, le parcours malien aurait pu s’arrêter beaucoup plus tôt.

Un an plus tard, la réalité sportive semble avoir rattrapé la sélection.

Le problème est donc plus profond qu’une mauvaise campagne. Le système autour de nos U17 ne fonctionne plus.

Une formule dépassée

Depuis plusieurs années, notre approche repose encore largement sur le même modèle : nommer un entraîneur, lui laisser constituer son groupe selon des critères qui restent souvent difficiles à comprendre de l’extérieur, puis attendre des résultats dans un délai très court.

Cette formule a peut-être fonctionné à une certaine époque. Elle montre aujourd’hui ses limites.

Recruter un sélectionneur et lui demander de construire presque seul une équipe U17 ne peut plus être notre modèle de développement. À cet âge, il ne devrait pas s’agir uniquement de préparer une compétition. Il faut construire les joueurs, suivre leur progression et préparer les générations suivantes.

C’est là que le Mali semble avoir pris du retard.

Nos voisins avancent

Pendant que le Mali continue de fonctionner avec une logique de sélection ponctuelle, plusieurs pays de la région ont progressivement renforcé leur système de formation.

Les académies jouent désormais un rôle central dans la production et le suivi des jeunes talents. Le Sénégal et le Maroc, notamment, continuent de récolter les fruits d’une politique de formation structurée, avec des générations qui se succèdent et des résultats qui s’inscrivent dans la durée.

Depuis 2017, le Mali n’a plus remporté la CAN U17. Dans le même temps, le Sénégal et le Maroc ont continué à collectionner les titres et à produire régulièrement de nouveaux talents.

Cette différence ne peut pas être expliquée uniquement par une génération moins talentueuse.

Elle pose une question beaucoup plus importante : qu’avons-nous changé dans notre système de formation et de détection depuis nos succès passés ?

Il faut changer de modèle

La nouvelle Fédération a affiché l’ambition de construire une organisation plus moderne et plus performante. Le football de jeunes doit être l’un des premiers domaines concernés par cette transformation.

Il faut désormais sortir de la logique du court terme et mettre en place un véritable projet national U15-U17-U20, piloté par la Direction technique nationale.

L’idée pourrait être de travailler avec deux entraîneurs de jeunes identifiés sur la durée, autour d’une coopération technique avec une grande nation disposant d’un système de formation reconnu.

L’Espagne ou l’Allemagne pourraient être des pistes intéressantes. L’objectif ne serait pas simplement d’envoyer quelques techniciens en stage, mais de construire une véritable coopération permettant notamment de faire venir au Mali des formateurs spécialisés dans le football de jeunes, de partager des méthodes et d’accompagner la DTN dans la construction des programmes.

La cellule de scouting doit être au cœur du dispositif

La cellule de scouting annoncée par la Fédération doit également jouer un rôle central dans cette nouvelle approche.

Son travail ne devrait pas commencer quelques semaines avant une compétition. Il doit être permanent.

Avec la DTN et les experts techniques issus de la coopération, il faudrait identifier les meilleurs profils dans les clubs, les académies, les régions et la diaspora, puis constituer une base de données nationale des jeunes joueurs.

L’objectif serait de savoir où évolue chaque talent identifié, quel est son profil, quelles sont ses qualités, ses lacunes et son évolution.

On passerait ainsi d’une logique de découverte tardive à une logique de suivi permanent du joueur.

Deux entraîneurs pour un même projet

Les deux entraîneurs pourraient également travailler directement avec les académies et les partenaires techniques de la Fédération.

Ils auraient pour mission de suivre régulièrement les joueurs, d’échanger avec leurs formateurs et de définir des programmes adaptés à leur développement.

L’un des deux entraîneurs pourrait prendre en charge les U17 lors des compétitions et des rassemblements, tandis que l’autre continuerait à travailler sur le pool élargi et à suivre les joueurs qui ne sont pas retenus.

Cette organisation permettrait d’éviter de repartir de zéro à chaque nouvelle compétition.

Et la diaspora aurait naturellement sa place dans ce dispositif. Elle pourrait permettre de compléter certains profils lorsque des besoins spécifiques ne sont pas suffisamment couverts localement.

Le suivi ne doit pas s’arrêter à 17 ans

Le véritable intérêt d’un tel projet serait surtout de ne pas considérer la catégorie U17 comme une fin en soi.

Après le cycle U17, les joueurs qui s’apprêtent à rejoindre l’Europe pourraient bénéficier d’un accompagnement spécifique : préparation physique, travail technique, accompagnement culturel et préparation à leur nouvel environnement.

L’objectif serait de faciliter leur adaptation et surtout d’éviter que certains talents ne disparaissent des radars une fois qu’ils quittent le Mali.

Pour ceux qui restent au pays, le suivi doit également continuer. Ils pourraient constituer le noyau de la prochaine génération U20, avec une continuité assurée par l’un des deux entraîneurs ou par les formateurs techniques du programme.

Le joueur ne devrait plus sortir du système simplement parce qu’il change de catégorie.

Ne pas laisser le football de jeunes devenir le premier échec

Cette élimination est probablement le premier gros échec sportif de la nouvelle Fédération. Mais elle peut aussi être l’occasion de prendre une décision forte.

Le pire serait de se contenter de changer d’entraîneur et de repartir avec une nouvelle liste de joueurs pour la prochaine compétition.

Ce serait reproduire exactement le même modèle.

La réponse doit être beaucoup plus ambitieuse : reprendre en main l’ensemble de la chaîne du football de jeunes, de la détection à la formation, des académies aux sélections, du suivi local à la diaspora, jusqu’à l’accompagnement des joueurs après leur passage chez les U17.

Le Mali a longtemps été reconnu pour la qualité de sa formation et sa capacité à produire des générations talentueuses. Nous ne pouvons pas nous contenter de vivre sur cet héritage.

Cette élimination doit donc servir d’électrochoc.

Si la nouvelle Fédération veut réellement construire une solution à long terme pour le football malien, elle ne pourra pas le faire sans reconstruire profondément son football de jeunes.

Il faut agir maintenant, avant qu’un nouvel échec ne vienne confirmer que nous avons simplement changé les dirigeants sans changer le système.

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